
Un nouveau fait divers ravive la polémique sur les chiens dangereux. Un enfant de 6 ans vient d'être mortellement attaqué par un pitbull en Allemagne. En video: Voir la chronique d'Yves Jaeglé
Le chien est-il le meilleur ami de l'homme?
Le chien est sacré en France comme la vache en Inde.
Ce n'est pas une religion mais une obsession. On doit
être le seul pays au monde où au cours d'un débat
télévisé lors de l'élection présidentielle
de 88, Mitterrand
avait lancé à Chirac : " Vous n'avez pas la monopole du
cœur "…des chiens.
Avec le pitbull, il y a un renversement complet.
C'est le mauvais chien, l'ennemi public. C'est le
chien qui résiste, qu'on voudrait éradiquer, refouler du
territoire et des cauchemars. Il y a eu une loi, en janvier
99, censée éradiquer en France les chiens dangereux.
L'acquisition et l'importation sont interdites.
Tout pitbull doit être vacciné, stérilisé
et porter une
muselière.
Mais la loi n'est pas appliquée partout, les procédures
judiciaires sont trop lentes, trop compliquées aussi. Il n'y
a pas de possibilité de comparution immédiate.
S'il y a des pitbulls, c'est parce qu'il y a une tolérance de
la société, des lois, mais aussi de la police qui
reconnaît qu'au moment où elle cherche à renouer avec
les jeunes, elle ferme les yeux.
De toutes façons, il n'y a pas assez de place dans les
fourrières, comme il y a pas de place dans les prisons.
Tout se passe comme si c'était un mal nécessaire, le
pitbull.
Alors pourquoi ? Dans certaines banlieues, certaines
cités, ces chiens sont des armes d'attaque ou de
protection. Il y a une stylisation du pitbull, c'est une griffe
comme Lacoste ou Nike, sauf que là, c'est la griffe du
méchant. C'est la projection d'un fantasme : je suis un
exclu, mon chien aussi, il devient une partie de moi.
Le pitbull, c'est un chien dominant
C'est le mot qu'emploie un jeune dans un témoignage. "
Avec les autres chiens, il faut qu'ils se soumettent tout
de suite, sinon, c'est la bagarre.', dit cet amoureux des
pitbulls. On est donc dans un fantasme de domination.
Ces deux exclus, maîtres et chiens, dominent leur
quartier.
Avoir un pit, c'est aimer regarder la peur dans les
yeux de l'autre.
Et même parfois la souffrance. Comme s'il n'y avait que
deux solutions : la souffrance d'être une minorité
montrée du doigt, menacée ou de devenir menaçant.
Comme s'il y avait un court-circuit de la souffrance et la
vengeance, qui prend la forme d'un chien, sans aucune
élaboration, aucune pensée qui permettrait de sortir de
ce cercle vicieux : souffrir ou faire souffrir, être un
esclave ou être un maître.
Yves Jaeglé
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