
Je tiens à remercier Mr Pierre CLEMENT éthologue et didacticien, professeur à l'université Lyon I, auteur de cet article, ayant aimablement autorisé la reproduction de ce dernier sur la section "Revue de Presse" de Rottweiler Passion.
Adresse : Pierre CLEMENT,
Equipe de Recherche "Didactique
de la Biologie et de l'Environnement",
LIRDHIST (Laboratoire Interdisciplinaire
de Recherche en Didactique et en
HIstoire des Sciences et des
Techniques, EA 1658),
bâtiment 403 - UNIVERSITÉ
CLAUDE BERNARD LYON 1
69622 Villeurbanne Cédex
- France
Autant d'espèces, autant de mondes!
Des mondes animaux
Une prairie offre-t-elle aux yeux d'un taureau, d'une mouette ou d'un rotifère
le
même aspect qu'aux nôtres? Selon la théorie des milieux
de Uexküll, chaque
animal vit dans un univers propre reflétant le vécu de son
organisation
sensori-motrice.
Par Pierre Clément, éthologue et didacticien, professeur
à l'université Lyon I.
E-mail : pclement@univ-lyon1.fr
Il n'existe pas de forêt en tant que milieu objectivement déterminé
: il y a une forêt-pour-le-forestier, une
forêt-pour-le-chasseur, une forêt-pour-le-botaniste, une forêt-pour-le-promeneur,
une
forêt-pour-l'ami-de-la nature, une forêt-pour-celui-qui-ramasse-du-bois
ou celui-qui-cueille-des-baies, une
forêt de légende où se perd le Petit Poucet. ", rappelle
le psychologue animalier Jakob von Uexküll dans
son fameux ouvrage Mondes animaux et monde humain. C'est vrai pour tout
milieu : je ne le perçois pas
de la même façon selon ce que je projette d'y faire et selon
ce que j'en perçois. Ainsi nos mondes
humains sont tous différents, aussi uniques et mystérieux
que chacun de nous, même si nous pouvons
tenter de nous les raconter en paroles et en images.
Radicalement différents des nôtres et infiniment plus variés,
les mondes des animaux nous sont encore
plus interdits. Nous ne pouvons que nous les imaginer par des approches
indirectes qui ne lèvent pas
pour autant l'étrangeté singulière de chacun d'eux.
Von Uexküll a exploré cette singularité des mondes
animaux en partant du principe, délibérément anti-
mécaniste, que "les animaux sont des sujets, non des
machines". Pour désigner le monde propre à chaque espèce
animale, l'éthologue a francisé le terme
allemand Umwelt, introduit par von Uexküll. Il désigne ainsi
l'environnement subjectif de chaque animal :
la réalité de ce qui l'entoure telle que cette réalité
prend du sens pour lui dans ses perceptions et actions,
et dans ses éventuelles représentations. Comme l'explique
Jacques Gervet, il s'agit avec le terme
Umwelt de penser inséparablement "l'adaptation d'une structure réactionnelle
à une fonction précise et
l'image subjective du monde qui est concomitante à cette adaptation".
Von Uexküll a thématisé ce concept en s'appuyant tout
particulièrement sur l'exemple de la tique. A quoi
ressemble l'Umwelt de cet acarien, bien connu des propriétaires
de chiens ? Après s'être accouplée, la
tique monte à l'extrémité d'une branche de buisson,
s'y accroche et demeure immobile. Elle peut rester
ainsi très longtemps, grâce à des capacités
extraordinaires de vie ralentie - jusqu'à dix-huit ans en
laboratoire - sans se nourrir, sans bouger, comme insensible à tout
ce qui l'entoure. Seul un signal bien
précis est susceptible de la faire bouger : l'odeur d'acide butyrique
que dégagent les glandes sébacées
de tous les mammifères. Quand l'un d'entre eux passe à proximité
de la tique, elle lâche la tige et tombe.
Si elle atteint le mammifère, la chaleur de celui-ci l'amène
à s'enfouir dans ses poils et à rechercher un
endroit suffisamment glabre pour enfoncer sa tête à travers
la peau : elle " aspire alors lentement un flux
de sang chaud ". Ses ovules peuvent être fécondés et
les ufs chargés de réserves. " Mais le copieux
repas de sang de la tique est aussi son festin de mort, commente von Uexküll,
elle se laisse tomber sur
le sol, y dépose ses ufs et meurt.
" C'est à partir de cet exemple que von Uexküll introduit un
autre concept clef, celui de cercle fonctionnel,
qui décrit la symbiose unissant l'animal et son monde dans une étroite
complémentarité, chacun donnant
sens à l'autre. Ainsi, quand l'Umwelt de l'homme est une prairie
avec ses herbes et ses buissons bordant
un étang, avec un petit vent frais chargé d'odeurs, la lumière
qui varie selon l'heure de la journée, l'Umwelt
de la tique a une tout autre dimension où le temps disparaît
et où l'espace est réduit à la présence ou
à
l'absence d'un seul paramètre, cette odeur des glandes sébacées
de mammifères. Dans l'Umwelt de la
tique, le chien qui passe est réduit à peu de choses : d'abord
une odeur (monde perceptif) enclenchant
l'action " je me laisse tomber " (monde actif), puis, si la tique atterrit
sur des poils, la chaleur et un sens
tactile minimal qui enclenchent l'action de déplacement puis d'arrêt
et du percement de la peau par le
rostre buccal. Le sang aspiré auto-entretient la poursuite de l'aspiration,
jusqu'à satiété et éclatement
final. Drôle de vie que celle de la tique !
Il nous est difficile de concevoir les dimensions temporelles qui structurent
les Umwelten des animaux.
Elles correspondent à autant de temps spécifiques qu'il existe
d'animaux ou d'humains, chacun de ces
temps structurant à la fois la perception et l'action. Ainsi l'escargot
ne perçoit-il des stimulations que si
elles sont suffisamment espacées - à cette lenteur perceptive
correspond une lenteur des muscles
connue de tous.
Von Uexküll prendrait aujourd'hui comme exemple opposé celui
de la mouche, dont l'il possède des
ocelles dorsaux spécialisés dans la détection de mouvements
si rapides qu'ils sont imperceptibles pour
nos yeux humains. Sans compter que les muscles de vol de la mouche sont
parmi les plus rapides du
règne animal. On comprend incidemment pourquoi il est si difficile
d'écraser une mouche. Que suis-je au
juste dans l'Umwelt de la mouche ou dans celui de l'abeille ? Sans doute
une grande ombre très floue,
dont les mouvements surtout, plus que la forme précise, seront perçus
et évités. Je n'affirme pas ici
qu'une abeille ne peut pas avoir d'image mentale - nombre de chercheurs
travaillent sur cette question -
mais que ces images éventuelles sont étrangères à
nos logiques visuelles humaines; d'abord parce
qu'elles sont floues, tissées de lumière polarisée,
d'ultraviolets et de dimensions olfactives, mais aussi
parce qu'elles n'ont pas des fonctions qui nous sont familières,
elles n'induisent pas les mêmes actes, ne
sont pas mémorisées ou oubliées comme ce que nous
voyons à chaque instant. En un mot, elles ne sont
pas interprétées comme nous les interpréterions en
fonction de notre expérience humaine. Ainsi, quand
je vois une abeille ou une tique, l'idée que j'ai d'elle n'a rien
à voir avec ce qu'elle perçoit et interprète de
moi. On pourrait croire qu'on est ensemble au même moment dans un
même lieu, mais c'est faux : ce
lieu, c'est le mien, ce moment aussi; son lieu à elle est autre,
dans une temporalité qui m'échappe tout
autant!
"Trop souvent, écrit Uexküll, nous imaginons que les relations
qu'un sujet entretient avec les choses de
son milieu prennent place dans le même espace et dans le même
temps que ceux qui nous relient aux
choses de notre monde humain. Cette illusion repose sur la croyance en
un monde unique dans lequel
s'emboîteraient tous les êtres vivants." Ma prairie, peuplée
de nombreux animaux qui rampent, courent
ou volent si je reste dans mon monde, se transforme, dès lors que
j'essaye de rentrer dans leurs mondes
à eux, en un immense patchwork d'Umwelten singuliers qui restent
étrangers les uns aux autres tout en
étant fortement en interaction entre eux, jusqu'à en être
dépendants les uns des autres.
Tel est le paradoxe : dans mon Umwelt à moi, la même fleur
est butinée par l'abeille, escaladée par la
fourmi, tandis qu'à l'extrémité d'une de ses feuilles
est immobilisée une tique. Mais cette fleur n'est pas
plus leur fleur que la forêt du promeneur n'est celle du Petit Poucet.
Pour la tique, elle n'est rien qu'un
support quelconque dans son monde où n'existe qu'un seul stimulus
: l'odeur du mammifère. Et ce
paradoxe peut être poussé plus loin : des animaux sont totalement
interdépendants tout en partageant
des mondes vécus radicalement différents; ceux-ci ne se recoupent
que pour le regard extérieur du
biologiste qui considère ces Umwelten comme un même milieu.
Ainsi, la douve du foie termine son développement dans le foie de
la brebis qui broute les herbes et les
fleurs de la prairie. Mais ses ufs ne se développent que dans l'eau
- celle de l'étang voisin - et les larves
qui en éclosent meurent si elles ne trouvent pas un mollusque d'eau
très précis, la planorbe... Elles le
rencontrent au hasard de leur nage, à peine guidées par son
odeur ; la larve qui réussit se multiplie dans
cet escargot d'eau douce, qui libère de nouvelles larves, lesquelles
ne survivent à leur tour que si elles
rencontrent une fourmi... La larve qui y parvient se multiplie plus précisément
dans le cerveau de la fourmi
qui a alors tendance à s'immobiliser vers le sommet des herbes et
des fleurs : en les broutant, le mouton
absorbe un parasite mais permet à cet étrange cycle de se
perpétuer. Le mouton n'a pourtant pas vu
qu'il broutait une fourmi, et encore moins qu'elle contenait des larves
de douves ! La vie de la douve
dépend donc de la rencontre d'une série d'animaux qu'elle
ne perçoit pas et qui ne la perçoivent pas. La
prairie nous apparaît désormais comme un grouillement d'Umweltenmystérieux
!
Von Uexküll y voyait aussi une symphonie de la nature derrière
laquelle il devinait une " main invisible "...
Cette autre facette de son uvre a plus vieilli. Un biologiste actuel ne
pourrait souscrire à ce finalisme.
Certes, il y a bien une dépendance réciproque, liée
à des adaptations successives. Mais la théorie
synthétique de l'évolution les décrit en termes purement
darwiniens, par un processus de coévolution
dans lequel s'inscrit cette interdépendance. Mais cette harmonie
ou cette interdépendance entre
plusieurs êtres vivants, qu'ils appartiennent ou non à la
même espèce, ne veut pas dire qu'ils partagent le
même monde.
Le monde de l'homme
Selon qu'il projette de faire un jogging autour de l'étang ou de
se prélasser dans l'herbe fraîche, un
homme ne voit pas le paysage représenté ci-contre de la même
façon. Il n'en extrait pas les mêmes
paramètres (odeurs, formes, mesures...). L'illustrateur qui a réalisé
cette image avait un projet bien
précis : prendre une perspective de ce paysage proche de ce que
pourrait voir un petit animal. Il a ainsi
choisi le point de vue le plus bas possible, en s'allongeant par terre
pour voir en même temps les fleurs,
l'étang et le ciel. De fait, regarder le papillon qui butine nécessite
de s'approcher sans le déranger. Il
s'agit d'un projet, d'une action. Si je passe en courant auprès
de ce coin d'étang, je ne le vois pas; il
défile en flou à la périphérie de ma rétine.
Pour voir ce que montre cette illustration, je dois m'approcher,
m'immerger dans des flaveurs et contacts dont l'image ne rend pas compte.
A l'inverse, si je reste
allongé, je ne connaîtrai pas les parfums et l'ivresse d'un
jogging matinal autour de cet étang. On croit
être dans le même monde mais, selon que l'on court ou que l'on
s'arrête, c'est loin d'être le même! Et
pour les animaux qui y vivent, de quel monde s'agit-il?
Le monde du taureau
Le taureau n'est pas plus réceptif au rouge qu'à une autre
couleur : dans une arène, il ne réagit pas à la teinte
de la
cape mais au mouvement du tissu. De fait, la plupart des
mammifères ne voient pas en couleur, ou alors de façon très
rudimentaire, car leurs rétines sont composées uniquement,
ou majoritairement, de bâtonnets. C'est le cas, par exemple,
de la vache, de la souris, du rat ou du lapin. Les chats et les
chiens aussi, même si certains auteurs ont pu leur prêter
une vision limitée des couleurs. Ainsi, quand on entraîne
un
chien à aller chercher une balle rouge, il ira tout aussi bien
chercher une balle bleue si elle a la même intensité
lumineuse ; mais, après l'avoir attrapée, il peut la différencier
d'une autre balle à l'odeur ou au contact...
Seules les espèces de mammifères qui sont arboricoles ou
frugivores semblent équipées pour
distinguer les couleurs : essentiellement les écureuils et les primates
(dont l'homme). Par ailleurs, l'acuité
visuelle et la capacité d'accommodation sont moins développées
chez les mammifères herbivores que
chez les prédateurs ou chez les primates : c'est pourquoi ce que
voit le taureau est plus flou que ce que
nous voyons.
Le monde de la mouette
Les oiseaux voient en couleur. Ils ont les mêmes types de
cônes que nous dans leur rétine, avec la même trichromie.
Mais, sur plusieurs de leurs cônes (50% à 80% chez le
goéland, ou encore chez les passereaux diurnes), il y a des
gouttelettes colorées rouges ou orangées que la lumière
doit traverser avant de stimuler les structures
photoréceptrices du cône. La fonction de ce dispositif reste
encore discutée. Certains auteurs parlent de vision
quadrichromique et imaginent un univers coloré totalement
inconcevable à partir de notre simple trichromie. D'autres
auteurs (et c'est l'interprétation que nous avons privilégiée
ici, non parce qu'elle est plus probable mais parce qu'elle était
plus simple à mettre en uvre
techniquement) supposent que cela leur permet de voir plus nettement en
accroissant utilement certains
contrastes ; mais ils divergent sur la nature et la fonction de cette amélioration
: soit une aptitude accrue
à voir à travers la surface de l'eau, soit une meilleure
détection à travers un léger brouillard. L'acuité
visuelle des oiseaux est très bonne, ce dont tente de rendre compte
la netteté de l'image.
Le monde de la grenouille
Une grenouille, ou un crapaud, sait surtout détecter des
mouvements. Mais très mal les formes: il est facile de les
leurrer! La grenouille semble insensible à ce qui est
immobile. Mais tout déplacement horizontal d'un objet
l'intéresse: elle tourne sur place pour le voir bien en face. Et
si, en plus de se déplacer, l'objet a une forme
approximativement convenable (celle d'un ver ou d'une
mouche par exemple), elle lance sa langue pour l'attraper
avec une extraordinaire précision. Ou lui saute dessus s'il
est plus gros, afin de le mordre (d'où l'efficacité des chiffons
rouges !). Mais s'il est trop gros, elle fuit. Il nous est difficile
d'imaginer un univers visuel pratiquement dépourvu de formes, de
contours, qui n'apparaîtraient que
lorsque l'objet se déplace sur un fond immobile. Nous avons choisi
le parti pris du pointillisme dans cette
ilustration pour en rendre compte. Nous avons conservé des couleurs,
car certains auteurs ont montré
que les grenouilles adultes (mais pas les tétards) sauraient distinguer
le rouge du bleu; ce dont seraient
incapables diverses espèces de crapaud. Tandis que nombre de pois-sons
distinguent fort bien les
couleurs.
Le monde de l'abeille
L'abeille distingue les couleurs, mais celles qu'elle perçoit
n'ont rien à voir avec celles que nous voyons. Elle a bien,
comme nous, trois types de pigments visuels et une vision
trichromique. Mais au lieu d'être dans le bleu, le vert et le
rouge, comme dans les cônes de vertébrés, les maximums
de sensibilité sont ici dans l'ultraviolet, le bleu et le vert.
L'abeille ne voit donc pas le rouge mais elle voit l'ultraviolet :
la combinaison entre ultraviolet et bleu ou vert doit se
traduire par des couleurs insoupçonnables dont nous
pouvons seulement rêver. L'abeille distingue aussi les
formes, mais moins nettement que l'homme. En revanche
elle perçoit bien mieux que nous les mouvements, et surtout les
odeurs. Elle s'oriente aussi en fonction
de la polarisation de la lumière, à laquelle la plupart des
cellules visuelles d'insectes sont sensibles. Un
coin de ciel bleu lui suffit pour se localiser et se guider par rapport
au soleil, même si elle ne le voit pas.
Mais nous n'avons pas la moindre idée de ce à quoi peut ressembler
la polarisation de la lumière dans
l'univers de l'abeille !
Le monde du grillon
Les très jeunes larves de grillon se dirigent juste vers les
zones sombres. Mais en grandissant, le grillon apprend à
mieux s'orienter visuellement. Comme l'abeille, il perçoit la
polarisation de la lumière et, comme elle, il apprend à
s'orienter en fonction de la direction du soleil. Pour retourner
à son gîte, il apprend même à tenir compte de
l'heure et du
mouvement apparent du soleil dans le ciel. Mais si un grillon
des bois vit toujours dans l'obscurité et n'a jamais l'occasion
d'apprendre cette astro-orientation, il en reste incapable. Le
grillon voit mal les formes. Pour distinguer les contours d'un
arbre, il doit balancer sa tête ou son corps.En revanche, il
sait reconnaître et mémoriser des repères terrestres.
Ainsi, les grillons qui vivent au bord d'un étang
tombent parfois dans l'eau : ils reviennent sur la rive à la nage,
en se repérant visuellement. En un seul
essai, ils savent aussi associer ces repères terrestres à
la polarisation de la lumière dans le ciel. Si des
vagues ou un obstacle leur masquent la rive, ils continuent à nager
dans la bonne direction, uniquement
en voyant un bout de ciel, même si le soleil est voilé.
Le monde de l'escargot
L'escargot a bien deux yeux, un à l'extrémité de chacun
de
ses deux plus il n'y voit goutte. Avec des références
humaines, on le qualifierait d'aveugle à 100 %. Comme
certains humains non voyants, il peut cependant percevoir
l'intensité de la lumière et l'orientation de la source
lumineuse. Il l'utilise parfois pour se guider. C'est surtout à
l'odeur qu'il fonctionne, de nuit principalement, mais aussi
de jour s'il a plu. Il est attiré par les flaveurs de sa nourriture,
ou de son partenaire dans les périodes favorables - et
complémentaires - pour la reproduction. Il est aussi sensible
à l'odeur de ses propres traces. Une des rares réactions
de
l'escargot à la lumière est son redressement lorsque passe
une ombre sur lui. Vous pouvez essayer
mais, attention, vous le savez, l'escargot n'est pas un rapide ! L'ombre
doit rester plusieurs secondes sur
lui, près d'une dizaine de secondes : il redresse alors magnifiquement
tout l'avant de son corps, comme
pour s'échapper de cette zone trop sombre...
Le monde du rotifère
Les rotifères sont de petits animaux qui vivent surtout dans les
eaux douces ; ils abondent dans un étang
mais ils vivent aussi dans les mousses et lichens. Ils possèdent
un il, unique, à la base du cerveau. A la
loupe ou au microscope (les rotifères mesurent moins d'un millimètre),
on voit bien cet il cérébral rouge à
travers le tégument transparent. Et au microscope électronique,
on constate que cet il n'est formé que
d'un unique neurone visuel, logé au fond d'une cupule rouge comme
au fond d'un bol, qui est ouvert vers
l'avant de l'animal. La cupule sert d'écran : quand la lumière
entre dans le bol, le rotifère nage vers l'avant.
Il se dirige ainsi vers la source lumineuse. Si, chemin faisant, il se
détourne, la lumière n'atteint plus son
unique neurone visuel. Son univers, qui était tout blanc, devient
tout noir. Il nage alors au hasard, jusqu'à
ce que la lumière atteigne à nouveau le fond du bol pigmentaire
: il nage alors à nouveau vers l'avant.
Avec un seul neurone visuel, un rotifère ne voit rien, ni forme,
ni couleur, ni mouvement. Mais il peut
néanmoins se diriger infailliblement vers la source lumineuse.
Article rédigé par : Pierre CLEMENT éthologue et didacticien, professeur à l'université Lyon I

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